Mercredi 13 octobre 2026
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Politique

Les enjeux de la visite de Felipe VI à Ceuta et Melilla

La visite de Felipe VI à Ceuta et Melilla dépasse le protocole : première depuis 2014, avec une nuit à Ceuta. Elle vise à contenir les pressions de la droite après la crise migratoire, dans un contexte de partenariat indispensable avec le Maroc. Les visites symboliques ne changent pas la géographie.

أبعاد زيارة فيليبي السادس لسبتة ومليلية
أبعاد زيارة فيليبي السادس لسبتة ومليلية © BAYANE PRESS

La visite officielle que le roi d’Espagne Felipe VI effectue à Ceuta, ville occupée, suivie d’une visite à Melilla, revêt des dimensions délicates et denses qui dépassent par essence le caractère protocolaire habituel pour croiser en profondeur les complexités de la scène politique intérieure espagnole et les enchevêtrements de la géopolitique régionale dans le bassin méditerranéen occidental. Cette sortie royale, la première du genre depuis l’accession au trône du souverain en 2014, marque un précédent notable : le roi passera une nuit dans l’enclave occupée, une première à l’époque démocratique espagnole. Elle intervient à un moment sensible, où les calculs de Madrid exigent de contenir les tiraillements partisans et d’absorber les pressions croissantes des partis de droite et populistes, qui font des deux villes un instrument de chantage politique interne, notamment après les répliques de la crise migratoire massive qui a frappé Ceuta fin juillet dernier. Ce geste apparaît ainsi comme une tentative préventive de remonter le moral du front intérieur et d’affirmer la présence institutionnelle et souveraine face au sentiment d’inquiétude structurelle des habitants.

Malgré les efforts des cercles officiels espagnols pour donner à la visite une coloration de service, sociale et humanitaire, avec des déplacements dans des établissements scolaires et sur les tombes des victimes, ses dimensions géopolitiques s’ouvrent sur un horizon stratégique plus large. Elles reflètent l’impasse de Madrid dans la gestion de sa frontière sud, véritable ventre mou de l’Union européenne, tiraillée entre les impératifs de sécurité nationale et la nécessité d’un partenariat stratégique indispensable avec le Maroc, en particulier au regard des grandes évolutions des relations bilatérales et du nouveau positionnement espagnol sur la question du Sahara marocain et le soutien à l’initiative d’autonomie.

D’un point de vue régional plus large, ces enclaves coloniales, en contradiction avec l’histoire et la géographie, apparaissent comme des leviers de pression conjoncturels utilisés par les cercles espagnols pour gérer les crises migratoires ouvertes. Le Maroc y répond avec un grand calme stratégique et une maturité diplomatique qui séparent nettement les instrumentalisations électorales ponctuelles de la classe politique espagnole de la profondeur des intérêts stratégiques communs et des perspectives prometteuses qui unissent les deux pays, notamment à l’approche des préparatifs conjoints d’échéances continentales et mondiales telles que la Coupe du monde 2030. Cela confirme une fois de plus que les tentatives d’affirmer la souveraineté par la force symbolique et par des visites ostentatoires restent impuissantes à dépasser la fatalité de la géographie ou à changer les réalités historiques, selon lesquelles les deux présides demeurent partie intégrante de l’espace vital maghrébin, régi par une logique de continuité historique et stratégique de long terme.

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