Sharjah possède un riche patrimoine civilisationnel qui remonte à plus de 120 000 ans, comme en témoignent les découvertes archéologiques à Jebel Faya et dans la région historique de « Mleiha », qui fut un carrefour caravanier et un royaume prospère où s'épanouirent l'écriture en alphabets sudarabique et araméen, abritant des ateliers de frappage de monnaie dès le IIIe siècle avant notre ère. Le nom de Sharjah est associé dans les anciennes sources portugaises et hollandaises à l'un des ports régionaux les plus importants. Depuis le XVIIIe siècle, elle est gouvernée par d'illustres souverains de la dynastie des « Qawasim », qui ont bâti un vaste empire maritime et commercial étendant son influence sur le détroit d'Ormuz, les côtes du golfe Persique et la mer d'Oman, doté d'une flotte navale colossale qui a rivalisé avec les grandes puissances maritimes et mené des batailles héroïques pour défendre la souveraineté des eaux arabes face aux armadas de la Compagnie britannique des Indes orientales. Grâce à la vision culturelle pionnière de son dirigeant, Son Altesse le cheikh Dr Sultan bin Muhammad Al Qasimi, qui a fait des arts, des lettres et des sciences les fondements du développement humain, Sharjah a été couronnée par l'UNESCO Capitale de la culture arabe en 1998, Capitale de la culture islamique en 2014 et Capitale mondiale du livre en 2019, tout en préservant son authenticité islamique et son tissu patrimonial unique.
Sharjah s'impose comme un oasis de musées et de préservation du patrimoine humain, dont le cœur bat dans la zone historique du « Cœur de Sharjah », l'un des projets de restauration architecturale les plus ambitieux de la région. S'y dresse l'imposant « Fort de Sharjah », construit en 1823 en pierre de corail et en roche marine pour servir de siège au gouvernement et de bastion défensif imprenable, remarquable par ses trois tours : Al Mahras, Al Makbous et la tour circulaire. La zone patrimoniale abrite le « souk Al Arsah », le plus ancien marché couvert en bois et aux ruelles de corail des Émirats arabes unis, qui fut autrefois un point de ralliement pour les marchands de perles et les bûcherons du désert. Tout proche se trouve « Beit Al Naboodah », qui incarne l'expression suprême du savoir-faire dans l'architecture des maisons de marchands de perles, avec ses colonnes en stuc sculpté et ses vastes cours intérieures rafraîchies par la ventilation naturelle. La ville resplendit également de la « Grande Mosquée de Sharjah », aux magnifiques façades mauresques et ottomanes pouvant accueillir des milliers de fidèles ; le « Musée de la civilisation islamique de Sharjah », situé dans le souk historique Al Majarrah, avec sa coupole dorée ornée de mosaïques et ses collections rares de Corans, d'astrolabes et de monnaies islamiques ; l'« île Noor », qui fusionne l'art architectural contemporain et la beauté de la nature tropicale ; ainsi que le siège du « Complexe du Saint Coran », qui abrite des manuscrits d'une valeur inestimable venus des quatre coins de la planète.
Sharjah a été mentionnée à maintes reprises dans les chroniques de voyageurs, les œuvres d'orientalistes et les registres de fonctionnaires britanniques. John Gordon Lorimer, dans son ouvrage « Guide du Golfe », l'a décrite comme la capitale royale ainsi que le plus grand centre démographique et commercial de toute la Côte des Truches au cours du XIXe siècle, documentant l'expansion de ses marchés, la diversité de ses industries et son statut de siège de l'agent politique britannique. Le lieutenant britannique Caulfield, dans ses rapports de campagne lors de l'expédition de 1809, a souligné le prestige des Qawasim, leur bravoure navale et leur organisation défensive rigoureuse autour de la crique et de la localité. De même, le voyageur et orientaliste danois Carsten Niebuhr l'a répertoriée dans ses cartes et publications au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, mettant en avant sa puissance navale et son indépendance politique. À l'ère moderne, Sharjah a gagné l'admiration des penseurs et orientalistes européens pour son intérêt extraordinaire accordé à la documentation historique et à la préservation de manuscrits et de documents rares, mis en lumière par le Dr Sultan Al Qasimi dans le cadre de ses recherches approfondies et de ses travaux historiques qui ont réduit à néant les affabulations coloniales.
La richesse civilisationnelle de Sharjah se reflète dans la précision de sa cuisine traditionnelle, dominée par l'emblématique plat « Al Madrouba ». Il s'agit d'un plat patrimonial, dense et nutritif, élaboré en cuisant des morceaux de poulet, de veau tendre ou de poisson séché avec de généreuses quantités d'avoine ou de blé concassé et de riz, auxquels sont ajoutées des proportions exactes de tomates fraîches, d'oignons caramélisés, d'ail, de coriandre fraîche, de piments et du mélange aromatique d'épices émiraties « Bazar », qui exhale des parfums de cardamome, de cannelle et de citrons noirs séchés en poudre. La préparation mijote à feu très doux pendant des heures en remuant constamment jusqu'à ce que les fibres de la viande se détachent et se fondent avec les grains ; le mélange est ensuite battu à l'aide d'un ustensile traditionnel en bois large appelé « Al Masdama » ou fouet jusqu'à l'obtention d'une consistance onctueuse, compacte et épaisse semblable à une bouillie. Il est servi dans de larges plats, agrémenté en surface d'une généreuse cuillerée de beurre clarifié fondu, pour être dégusté chaud avec les doigts. Sharjah est également renommée pour sa « Salona » de légumes locaux cuits au feu de bois, sa friandise « Balaleet » au safran pur et son pain croustillant « Al Qars Al Mafrouk », préparé à partir de farine complète pétrie avec des dattes et du beurre pur.
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